LA MODE : MOYEN D’ÉMANCIPATION OU D’OPPRESSION ?

La mode: moyen d’émancipation ou d’oppression ? Ou comment la mode permet de traduire notre place dans la société.

Si féminité et féminisme ont longtemps été considérés comme antithétiques, une réconciliation est visible depuis quelques années : les mentalités ont évolué, et la mode est désormais reconnue comme un élément majeur de la lutte pour l’émancipation des femmes et pour la conquête de leurs droits. 

Mais au cours de l’histoire, la mode a souvent été un outil de différenciation sociale et hiérarchique et de statuts entre les sexes notamment. Au XIXe siècle, les femmes étaient assujetties à des codes vestimentaires stricts qui étaient souvent associés à leur rôle et à leur statut dans la société. Par exemple, les femmes de la haute société étaient tenues de porter des robes à crinoline qui leur donnaient un aspect plus volumineux, symbolisant ainsi leur statut social et leur richesse, tandis que les femmes des classes inférieures devaient porter des vêtements plus simples et pratiques qui correspondaient à leur mode de vie et à leur travail. Ces normes sociales restrictives en matière de mode reflétaient la hiérarchie sociale et de genre qui était en place à l’époque.

George Sand en pantalon avec Henri de Latouche

Cependant la mode a aussi joué un rôle majeur et symbolique dans l’émancipation des femmes. George Sand peut ainsi illustrer cette quête d’indépendance et de liberté. En effet, au XIXème siècle, les femmes étaient soumises à des codes vestimentaires stricts et rigides. Elles étaient censées porter des robes longues et lourdes qui limitaient leur mobilité et leur liberté de mouvement. Les cheveux des femmes étaient également censés être longs et bien coiffés. Cependant George Sand refusait de se conformer à ces attentes. Cette écrivaine française du XIXe siècle portait des vêtements masculins, tels que des pantalons et des chemises, et coupait ses cheveux courts. Son style vestimentaire non conventionnel a été un symbole de son indépendance et de son courage de se dresser contre les normes sociales restrictives de son époque, inspirant ainsi des générations de femmes à suivre ses traces.

La lutte pour l’émancipation des femmes ne s’est pas arrêtée à l’exemple de quelques femmes. Bientôt, c’est la mode féminine elle-même qui a emprunté le chemin de l’innovation. Mais pour comprendre ces évolutions, il faut s’attarder un instant sur le contexte historique. Lorsque la Première Guerre mondiale éclate, les femmes sont fortement mobilisées dans les usines d’armement afin de remplacer les hommes partis combattre. Cette situation inédite permet pour la première fois aux femmes d’apprendre à concilier leur rôle de mère, d’épouse et de femme active. Une fois les conflits terminés et l’Armistice officiellement signée, la garde-robe des femmes doit s’adapter à ce nouveau contexte : les femmes réclament désormais des vêtements qui les laissent libre de tous mouvements et qui soient adaptés à leur nouveau quotidien, et c’est ainsi que le corset disparu des armoires. 

Coco Chanel

Dans les années 1930, de nouveaux couturiers apparaissent sur le devant de la scène et proposent de nouvelles silhouettes : il s’agit de Coco Chanel, mais aussi de Madeleine Vionnet et Paul Poiret. C’est également à cette époque que se popularise l’archétype de « la garçonne » : cheveux courts et silhouette longiligne, presque androgyne, qui ne marque ni la poitrine ni la taille sont les principales caractéristiques de ce style. Ce phénomène est ainsi le fruit de la rencontre entre cette volonté d’émancipation et la revendication pour l’égalité des sexes. Dès lors, le terme devient synonyme de femme émancipée : active et autonome, libre de ses mouvements et aux mœurs libérées. Après la guerre, Coco Chanel enchaîne les créations innovantes comme le tailleur en jersey, tissu qui était utilisé pour les uniformes des soldats, ou la petite robe noire, qui change la signification de la couleur noire : elle n’est plus seulement synonyme de deuil, désormais elle est aussi associée à l’élégance. 

C’est en 1946 qu’une nouvelle création vient participer à cette émancipation du corps des femmes à travers la mode : il s’agit du bikini, pensé par le Français Louis Réard qui voulait créer “le plus petit maillot de bain du monde”. Le bikini se compose à l’origine d’un soutien-gorge et d’une culotte, qui est en réalité deux triangles en tissu reliés par une corde. Suite à la polémique que le bas du bikini déclenche, le maillot de bain est interdit en 1949 en France, en Belgique, en Espagne et en Italie. Il faudra attendre encore quelques années pour le voir se démocratiser, notamment grâce à Brigitte Bardot. 

Toutefois, la mode des pin-up des années 1940 et 1950 illustre aussi la façon dont la mode a été utilisée pour contrôler et limiter la place de la femme dans la société. Bien que certaines femmes aient utilisé cette mode pour exprimer leur féminité et leur indépendance, l’image sexualisée des pin-up a contribué à renforcer les stéréotypes de genre. Les vêtements courts et moulants étaient donc un outil marketing sexualisant ainsi la femme pour vendre des produits destinés en grande majorité aux hommes. 

Mais la véritable décennie de toutes les audaces, ce sont les années 1960. Dans la continuité de la recherche de la liberté du corps, les créateurs cherchent de plus en plus à s’affranchir des codes bourgeois : la mini-jupe était née, importée en France par Mary Quant et André Courrèges.

Avec l’avènement du prêt-à-porter, la mode et les tendances se diffusent plus facilement à l’ensemble de la société, et l’émancipation devient accessible à toutes. Dans cette décennie, un nom s’impose peu à peu, et c’est celui d’Yves Saint-Laurent. Sa plus grande innovation est d’adapter la garde-robe des hommes pour les femmes. En 1966 il lance le smoking pour femme et un an plus tard, c’est le premier tailleur-pantalon pour femme qui voit le jour. Avec ces innovations et la conquête de pièces jusque-là exclusivement masculines, l’émancipation des femmes à travers la mode semble avoir atteint sa fin : elles ont réussi à s’approprier l’ensemble du spectre de la mode.

Aujourd’hui, la mode reste encore un moyen d’exercer un contrôle sur les femmes, et l’exemple récent de l’Iran nous le démontre bien. Mais les manifestations qui ont suivi le décès de Mahsa Amini, jeune étudiante iranienne qui avait été arrêtée par la police des mœurs pour “port de vêtements inappropriés”,  le 16 septembre 2022 sont le signe que, même si cette émancipation n’est jamais totalement acquise, les femmes seront toujours prêtes à la revendiquer.

En fin de compte, la mode peut être un outil puissant pour les femmes, leur permettant d’exprimer leur individualité et de remettre en question les normes restrictives. Cependant, il est important de reconnaître que la mode peut également être utilisée pour limiter la place de la femme dans la société. En prenant conscience de cela, les femmes peuvent utiliser la mode comme un moyen d’affirmation personnelle, tout en s’efforçant de briser les stéréotypes de genre et de favoriser l’égalité des sexes.

Un article Métamorphose X HeforShe

Ecrit par Chloé Leroux et Juliette Queffelec 

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